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Réflexions d’un théoricien de l’écologie sur l’érosion de la biodiversité

Soumis par sur 2012/10/01 – 12:46
Papillon Athymia perius

Papillon Athymia perius, Asie (crédit photo : Planète viable, 2012).

La valeur de la biodiversité pour l’humanité n’est plus à démontrer. Mais si la biodiversité est si précieuse, pourquoi fait-on si peu pour empêcher son érosion ?  Des éléments de réponse ont été présentés par Michel Loreau*, professeur de renommée internationale en écologie théorique au département de biologie de l’Université McGill, lors d’une conférence présentée dans le cadre d’un cycle de conférences de l’Institut Environnement, développement et société (Institut EDS) de l’Université Laval. Cette conférence a eu lieu le 28 septembre 2010 dans le cadre de ses activités relative à l’Année internationale de la biodiversité.

La biodiversité nous rend d’innombrables services et la recherche en écologie théorique nous explique l’impact qu’a la diversité biologique dans les écosystèmes. Mais les activités humaines sont la cause de l’érosion de la biodiversité et nous ont conduits à une crise grave que l’on appelle déjà la sixième extinction massive des espèces. Or on sait que l’impact des êtres humains augmente avec la population mondiale, la richesse individuelle et l’impact environnemental du système politique, économique, social et technologique. Ces faits montrent que les activités humaines atteignent une limite mettant en péril l’équilibre de la planète.

Qu’a-t-on fait pour limiter l’érosion de la biodiversité ?

Dans la lutte à l’érosion de la biodiversité, les plus grands succès ont été remportés par la mise en place d’aires protégées. C’est une pratique récente, mais qui a en réalité une longue histoire, puisque l’on s’est rendu compte que, depuis des millénaires, des communautés locales du Pacifique avaient instauré des réserves afin d’éviter la surexploitation des populations de poissons.

Aujourd’hui, on compte autour de 100 000 sites protégés, soit environ 13% des terres immergées. Cependant, les sites spécifiquement dédiés à la préservation de la biodiversité n’en représentent que 5%. Et si cette démarche a rencontré certains succès (des espèces ont pu être sauvées de cette façon), ces zones sont très petites, la majorité d’entre-elles ayant moins de 1 km2 de surface, ce qui est un sérieux handicap à la préservation des espèces, notamment celles de plus grande taille.

Cependant, selon des estimations récentes, ce réseau d’aires protégées ne pourra sauvegarder que 5% des espèces à long terme. Même si le réseau couvrait 20% des terres, on conçoit facilement que les aires protégées ne pourront à elles seules régler le problème de l’érosion de la biodiversité. Le problème est plus fondamental.

Donner une valeur à la biodiversité ?

Une nouvelle approche consiste à donner une valeur économique aux services que nous rend la nature. Bien que posant des problèmes éthiques, cette façon d’aborder le problème peut aider à faire réaliser concrètement l’importance de la biodiversité pour l’être humain et à la protéger enfin dans les activités humaines.

Le Millennium Ecosystem Assessment a par exemple tenté de quantifier monétairement l’exploitation des forêts en considérant le bois comme matière première, mais en tenant compte également les effets indirects qui ne sont pas considérés par les marchés financiers, comme la séquestration du carbone par les arbres ou la protection des bassins versants. Un autre exemple vient de la comparaison de la valeur des terrains situés sur des paysages naturels comparée à un terrain dont le paysage a été modifié par l’être humain. Clairement, le premier vaut beaucoup plus que le second.

Donc, en ne protégeant pas suffisamment la nature, l’être humain n’avait, jusqu’à récemment, aucune conscience de ce qu’il était en train de perdre, mais l’humanité est en train de réaliser que le système naturel produit le plus de services et a le plus de valeur marchande.

Cette façon monétaire de considérer la nature a cependant de sérieuses limites. En premier lieu, c’est une approche anthropocentrique qui suppose que la nature est au service de l’être humain. Or, les valeurs de la biodiversité ne peuvent être réduites à de simples questions d’utilité ou d’économie. Ensuite, ce qui fait d’un ensemble de processus écologiques un service pour l’être humain dépend fortement du contexte social et économique (demande locale ou mondiale, disponibilité et prix d’éventuels substituts techniques…).

Il faut également être prudent dans l’évaluation économique, car les relations entre biodiversité et fonctionnement des écosystèmes sont très complexes et peuvent cacher des services inattendus. Finalement, le fait de donner une valeur monétaire ne résout pas les causes profondes de l’érosion de la biodiversité.

Pourquoi agissons-nous ainsi ?

La crise de la biodiversité est, plus généralement, une crise écologique globale qui se traduit aussi par les changements climatiques, la désertification, le manque d’accès à l’eau, etc. Selon M. Loreau, elle a pour origine la séparation qui s’est opérée entre l’être humain et la nature. En particulier, la civilisation occidentale moderne voit l’être humain comme un sujet pensant et la nature comme un ensemble d’objets inertes. Cette pensée est tellement ancrée que notre civilisation a donné comme mission à l’être humain est de transformer et dominer la nature.

Or, ce postulat n’a aucun fondement scientifique. Ajoutons que cette vision est même aux antipodes de la pensée d’autres peuples, par exemple les amérindiens, pour qui le respect de la nature va de soi et qui n’ont pas oublié ce que l’être humain doit à  cette nature. Selon le Pr Loreau, pour surmonter la crise de la biodiversité, nous devons avoir une nouvelle philosophie qui remette l’humanité à sa vraie place, c’est-à-dire DANS la nature. Nous devons inventer une nouvelle économie, qui cesse de promouvoir une croissance illimitée et qui accepte les limites de l’entreprise humaine.

L’être humain a également une réflexion profonde à faire sur la nature humaine et ses besoins véritables. Enfin, il serait souhaitable d’unifier nos différents modes de connaissances que sont la perception immédiate, l’art, la philosophie et la science. En d’autres termes, nous devons surmonter une grave crise de société et, pour ce faire, l’être humain doit accéder à une pleine humanité.

 

* Michel Loreau œuvre en écologie théorique. Il est professeur au département de biologie de l’Université Université McGill et titulaire de la chaire de recherche en écologie théorique. Il est l’ancien président de DIVERSITAS et d’IMoSEB (International Mechanism of Scientific Expertise on Biodiversity), un organisme semblable au Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), dont la démarche s’est  transformée aujourd’hui en « Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques » ou « IPBES »(en anglais).
Pour situer l’impact des travaux de Michel Loreau, il faut savoir qu’il est référencé par ISI Knowledge dans les 20 scientifiques les plus cités en écologie.
Michel Loreau est l’auteur de :

  • « The challenges of biodiversity science », Excellence in Ecology vol. 17, Éd. International Ecology Institute (2010) http://www.int-res.com/book-series/excellence-in-ecology-books/ee17/
  • « From populations to ecosytems – theoretical foundations for a new ecological synthesis », Éd. Princeton University Press (2010)

 

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