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Et si l’Anthropocène voyait la biodiversité augmenter ?

Soumis par sur 2013/10/03 – 13:04
Spartina anglica

Spartina anglica, une espèce qui résulte de l’hybridation enter une espèce endogène et une espèce invasive (Crédit photo : Godewind, 2005).

Cette question sujette à controverse est abordée dans une lettre parue récemment dans la revue Nature [1] par Chris Thomas, professeur de biologie de la conservation à l’Université d’York. Selon le chercheur, nous avons une approche irrationnelle vis-à-vis des espèces invasives. Si celles-ci peuvent en effet constituer un fléau en causant la disparition d’espèces indigènes, elles peuvent par ailleurs enrichir la biodiversité locale, et même accroître le nombre d’espèces. Elles ne méritent donc pas qu’on la couvre de tant d’opprobres.

Le professeur Thomas met en cause notre attitude et certaines actions vis-à-vis des espèces invasives, autrement appelées espèces envahissantes exogènes. Cette attitude nous porte à les considérer nuisibles simplement parce que ce sont des espèces « nouvelles ». Il rappelle pourtant, qu’en moyenne, moins d’une espèce native disparaît à la suite de l’introduction d’une espèce invasive. L’Angleterre s’est ainsi accrue de 1875 espèces sans perte au détriment des espèces locales.

Plusieurs raisons peuvent expliquer l’augmentation de la biodiversité du fait des espèces « envahissantes ». Par exemple, les terres agricoles et les villes, caractéristiques de l’Anthropocène s’il en est, abritent une biodiversité plus pauvre que leurs alentours. Pourtant, les espèces qui y vivent sont souvent des espèces antérieurement absentes ou rares dans l’ancien milieu, de sorte que l’ensemble contient alors plus d’espèces.

Les changements climatiques ont également tendance à augmenter la biodiversité car la température et les précipitations augmentent en moyenne à l’échelle globale. Les espèces adaptées au climat chaud se dirigent en effet vers les latitudes plus élevées et colonisent de nouvelles aires, des régions occupées par des espèces qui sont davantage adaptées au climat froid et qui se déplacent plus au nord.

L’évolution semble aussi s’accélérer. Les transformations du milieu par l’être humain provoquent l’évolution, l’hybridation et la spéciation des espèces. Selon le professeur Thomas, l’hybridation entre espèces sera vraisemblablement l’une des caractéristiques de l’Anthropocène. À titre indicatif, cinq espèces sont ainsi apparues en Angleterre du fait de l’hybridation entre des espèces natives et des espèces invasives.

Pour le scientifique, essayer d’enrayer la propagation d’espèces invasives uniquement parce qu’elles ne sont pas indigènes représente un gaspillage de temps et d’argent, d’autant que l’éradication est vaine la plupart du temps. Il serait bien plus bénéfique de se concentrer sur les espèces qui constituent réellement une menace comme les rats et les chèvres  sur les îles océaniques.

Le professeur Thomas soutient que, bien que le nombre total d’espèces décline et qu’elles sont irremplaçables, un certain nombre de données scientifiques montrent par ailleurs que dans les dernières décennies le nombre d’espèces terrestres a augmenté. Il lui apparaît donc nécessaire que des travaux soient dédiées à l’étude du rythme avec lequel différents processus génèrent la biodiversité.

Alors qu’il y a d’excellents arguments pour conserver la vie sauvage déjà présente, pourquoi montrons-nous une approche contradictoire et de l’ambivalence quand il s’agit d’espèces invasives demande-t-il ?

Et si le professeur Thomas avait à tout le moins partiellement raison ? Au fond, peut-être est-il vrai qu’il y a quelque chose d’irrationnel dans notre perception des espèces invasives, probablement parce que leur introduction ne nous apparaît pas « naturelle », donc menaçante. À notre décharge, nous n’avons que trop souvent entendus parler d’exemples où les espèces locales étaient menacées par l’apparition d’une espèce exogène.

 

[1] Thomas C. The Anthropocene could raise biological diversity Nature (2013) 502 7.
http://www.nature.com/news/the-anthropocene-could-raise-biological-diversity-1.13863

 

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