mercredi, décembre 7, 2022

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Les limites planétaires actualisées

En 2010, des scientifiques proposaient la notion de limite planétaire. En effets, divers processus terrestres étant graduellement modifiés par les activités de l’être humain, ces chercheurs ont établi des variables permettant de caractériser ces processus et ont défini des limites au-delà desquelles la détérioration anthropique risquerait d’affecter significativement le fonctionnement et la stabilité de la planète, et menacerait l’humanité. Il s’agit donc d’évaluer jusqu’à quel point la planète a la capacité d’absorber les modifications que lui impose l’être humain (soit la résilience de la Terre). Dans un article paru très dernièrement, ces limites ont été actualisées et précisées [1].

Il faut en fait distinguer la limite planétaire du seuil biophysique du processus considéré. Les deux valeurs sont reliées. La seconde correspond à un changement d’état de fonctionnement du processus considéré (ce que les scientifiques appellent une bifurcation), et éventuellement à une transition de l’état terrestre au complet. La limite planétaire, elle, doit permettre à l’humanité d’éviter d’atteindre un tel seuil. Elle est définie à une valeur inférieure, donnant ainsi à l’humanité la possibilité de réagir et de corriger la situation avant qu’une transition de l’état planétaire (dangereuse) n’ait effectivement lieu [1]. Une telle précaution est d’autant plus importante à prendre en compte que les seuils de bouleversements planétaires sont mal connus et les effets d’inertie incertains [1].

Les neuf limites, caractérisant neuf processus terrestres à l’aide de neuf variables, définissent ainsi un « espace d’opération sécuritaire » pour l’humanité [1]. Ces neufs « processus » sont : les changements climatiques, l’intégrité de la biosphère (érosion de la biodiversité et dérèglement des écosystèmes), la transformation des terres, l’acidification des océans, l’utilisation de l’eau douce, les flux biogéochimiques (azote, phosphore), l’appauvrissement de l’ozone stratosphérique, la croissance des aérosols atmosphériques et la dissémination de nouvelles substances [1]. Cette dernière correspond à la pollution chimique telle que présentée dans la première version des limites planétaires [2]. On notera que l’état de la biosphère n’est plus seulement caractérisée par le taux de perte des espèces (ce que les auteurs reconnaissaient comme insuffisant dans leur première étude), mais aussi par l’état des écosystèmes (à l’aide d’un index noté BII, pour Biodiversity Intactness Index (Index de l’intégrité de la Biodiversité), qu’il reste à déterminer) [1].

Cette mise à jour montre que plusieurs des processus ont déjà atteint les deux tiers de la valeur de leur limite planétaire sous l’influence de l’humanité [1]. L’étude confirme que deux limites ont d’ores et déjà été dépassées, soient l’intégrité de la biodiversité et les flux d’azote et de phosphore [1,2]. Plusieurs limites n’ont pu être déterminées, une incertitude qui devrait d’autant plus inciter l’humanité à mettre le principe de précaution de l’avant. Deux processus, les changements climatiques et l’intégrité de la biosphère, sont reconnus comme pouvant à eux seuls provoquer un changement d’état terrestre qui ferait sortir la Terre des conditions actuelles, celles de l’Holocène [1]. L’étude va même plus loin en reconnaissant deux niveaux de limites planétaires [1] : un premier niveau, constitué du climat et de l’intégrité de la biosphère, qui forme le cœur des limites planétaires, dans lequel opèrent les autres processus (les autres limites). La transgression d’une des limites du second niveau ne conduira pas à un changement d’état terrestre mais pourrait accélérer le franchissement d’une limite de premier niveau.

L’étude insiste aussi sur le fait qu’il existe une grande hétérogénéité spatiale dans l’état actuel des processus considérés [1]. Les auteurs discutent ainsi du fait que les transformations anthropiques à l’échelle régionale ou continentale peuvent se répandre et conduire à des transformations plus globales, notamment du fait des interactions qui existent entre les processus. La Terre doit en effet être vue comme un système dynamique complexe, régi par un ensemble de processus qui ne sont pas indépendants les uns des autres.

Référence

[1] Steffen et coll. Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet Science (publié en ligne le 15 janvier 2015) http://www.sciencemag.org/content/early/2015/01/14/science.1259855

[2] Rockström et coll., A safe operating space for humanity Nature (2009) 461 472 ; Rockström et coll., Planetary Boundaries: Exploring the Safe Operating Space for Humanity Ecology and Society (2009) 14 32

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