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Le Document de résultats de Rio+20 vu sous l’angle des scientifiques

Soumis par sur 2012/09/15 – 09:17

Logo Rio+20Alors qu’approchait la Conférence des Nations unies pour le développement durable (Rio+20), les scientifiques du monde entier discutaient des grands enjeux de soutenabilité que le monde avait à résoudre. Ces discussions ont donné lieu à des recommandations qui ont été acheminées à Rio en juin dernier. Bien que le Document de résultats de la Conférence intitulé « L’avenir que nous voulons » (Outcome document « The Future We Want ») soit un document éminemment politique, il apparaît légitime de le confronter aux recommandations que la communauté scientifique sait indispensables à la réussite de la transition vers des sociétés viables.

Ce document, beaucoup plus long que la Déclaration de Rio de 1992, est divisé en 5 parties, soient « la vision commune », « la consolidation de l’engagement envers le développement durable », « l’économie verte », « le cadre institutionnel du développement durable » et, la partie la plus étoffée, « le cadre d’action et le suivi ».

D’un point de vue strictement formel, le Document de résultats souligne explicitement, et à plusieurs reprises, l’importance de la science, de la technologie et de l’innovation dans le succès de la mise en œuvre du développement durable (DD). C’est dans la section « consolidation de l’engagement envers le DD » qu’est reconnu le plus clairement le rôle de la communauté scientifique et technologique comme partie prenante incontournable (§ 43 et 48). Les investissements financiers dans la science sont également encouragés (§ 271).

Concernant l’économie verte, la technologie et l’innovation (§ 72), ainsi que le transfert technologique et la diffusion du savoir-faire, notamment vers les pays en développement (PED) (§ 73), apparaissent comme incontournables. On fait ainsi ressortir que l’économie verte requiert des recherches approfondies qui incluent les aspects social, économique et environnemental (§ 63).

La nécessité de conduire de nouvelles recherches scientifiques, une revendication très forte des scientifiques, est mentionnée à différents endroits du Document de résultats. Celui-ci souligne ainsi le besoin de données globales enregistrées in situ (§ 274). Il met également de l’avant l’importance de données scientifiques supplémentaires pour les océans (§ 163), la prévention des catastrophes (§ 187 et 280b), la limitation de la désertification (§ 208) et de la prolifération des produits chimiques et des polluants (§ 220).

Les chercheurs réclament aussi plus de données locales, notamment concernant l’hémisphère Sud. Cette préoccupation est prise en compte dans le Document en préconisant l’amélioration de l’expertise scientifique des États, notamment des PED (§ 272) et en insistant sur leur capacité à mettre en œuvre le DD (§ 73), notamment dans le domaine technologique (§ 275). Dans ce contexte, la collaboration entre États est mise de l’avant (§ 272, 277) en distinguant les coopérations complémentaires que constituent les relations sud-sud, nord-sud et triangulaire, aussi bien dans le domaine financier (§ 260) que de celui des connaissances (§ 277).

Les scientifiques revendiquent aussi une meilleure interface entre la science et le politique. Cette demande est prise en compte à plusieurs reprises (§ 76g et § 276), en tenant compte notamment de l’intégration des 3 piliers du DD (§ 76g). Cette interface est particulièrement mise en valeur dans le cadre du renforcement du pilier environnement et la réforme et le renforcement du PNUE. Celui-ci devra par ailleurs diffuser de l’information scientifique sur les grandes problématiques actuelles auprès de la société civile et fournir les outils de renforcement des capacités et faciliter l’accessibilité aux technologies.

Les grands enjeux planétaires, tels qu’identifiés par les scientifiques, sont en grande partie considérés dans le Document de résultats. Si l’on en juge par le nombre de paragraphes qui les concernent, les océans (§ 158-177) représentent un thème particulièrement prioritaire. Le Document aborde plus spécifiquement les crises suivantes : l’éradication de la pauvreté (§ 105-107), la sécurité alimentaire et l’agriculture viable (§ 108-118), l’eau potable et les sanitaires (§ 119-124), l’énergie et la sécurité énergétique (§ 124-129), les villes et l’urbanisation (§ 134-137), notamment le transport durable (§ 130-131), la santé (§ 138-146), les risques associés aux catastrophes (§ 186-189), les changements climatiques (§ 190-192), les forêts (§ 193-196), la biodiversité (§ 197-204), la désertification, la dégradation des sols et les sécheresses (§ 205-209), les montagnes (§ 210-212), les produits chimiques et les déchets (§ 213-223), les modes de consommation et de production soutenables (§ 224-226), notamment les emplois et la protection sociale (§ 147-157), et finalement les mines (§ 227-228).

La demande insistante des scientifiques visant à mettre fin aux subventions accordées à l’industrie des énergies fossiles est prise en compte très diplomatiquement, et de façon détournée au § 128 : « nous reconnaissons l’importance des incitatifs favorisant l’efficacité énergétique et la diversification du bouquet énergétique, ainsi que la suppression des mesures qui les découragent, notamment en favorisant la recherche et développement dans l’ensemble des pays, notamment les PED ».* Pour sa part, l’enseignement ou l’éducation au DD, un des moyens les plus importants pour transformer positivement et durablement les sociétés selon les scientifiques, est mis de l’avant à plusieurs endroits, notamment dans la section « Cadre d’action et de suivi » (§ 229-235).

Mais si le Document de résultats reprend, dans les principes, la majeure partie des recommandations des scientifiques, d’autres sont peu ou pas considérées. C’est le cas par exemple du développement de recherches multidisciplinaires et de l’association de la recherche en science pure et en technologie avec les sciences humaines. Les scientifiques sont en effet convaincus que la mise en place d’une humanité viable passera d’abord par des changements profonds de comportement, notamment par des mutations radicales dans les modes de consommation et de production.

Par ailleurs, les scientifiques insistent grandement sur le fait qu’au-delà de l’incompatibilité du système socioéconomique avec la durabilité, la croissance démographique est la seconde cause fondamentale de la dégradation de la planète. Cette question n’est nullement abordée de front dans le Document de résultats, ce qui constitue une faiblesse critique pour l’atteinte des objectifs du DD.

Finalement, et surtout, si le Document de résultats de Rio+20 s’approprie théoriquement nombre des recommandations des scientifiques, chacun sait que la limitation essentielle de ce type de réunion se situe au niveau de la mise en œuvre de ces beaux principes. Rio+20 en est l’exemple typique et a ainsi débouché sur l’absence d’engagements politiques fermes. Il faut donc espérer que les États ne laissent pas cette longue liste de priorités visant à rendre l’humanité soutenable demeurer sans suite. Ils ont en tout cas entériné un Document qui contient tous les principes pour mettre en place une véritable et profonde transformation de nos sociétés vers la viabilité.

Sources :

* Traduction de l’auteur (“We recognize the importance of promoting incentives in favour of, and removing disincentives to, energy efficiency and the diversification of the energy mix, including promoting research and development in all countries, including developing countries”).

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