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Pierre Rabhi – Agroécologie : au-delà des techniques, la dimension humaine

Soumis par sur 2012/09/09 – 13:00
Pierre Rabhi-MQDC

Pierre Rabhi (crédit photo : Mouvement Québécois pour une Décroissance Conviviale).

Pierre Rabhi est un pionnier de l’écologie. C’est aussi un penseur, un « repenseur » de la société. Lors de deux conférences passionnantes, il nous a expliqué pourquoi le monde occidental et son modèle de développement sont en opposition complète avec la nature, et comment remédier à la situation environnementale et sociale inextricables auxquelles ils conduisent. Les auditeurs ont été captivés et enchantés d’entendre une homme simple qui a le don de susciter des réflexions profondes.

Lors de sa seconde conférence, Pierre Rabhi a philosophé sur le pourquoi et le comment des ravages causés par le monde occidental, ses motivations et la primauté de l’argent dans nos sociétés. Dans la première, rapportée ici, il a mis l’accent sur l’agroécologie et son intérêt comme modèle pour remplacer l’industrie agroalimentaire actuelle.

Le distingué conférencier a été invité à l’initiative du Mouvement Québécois pour une Décroissance Conviviale, et la conférence était organisée à l’Université Laval, par l’ALIES, VIA Agroécologie et Univert Laval. Pierre Rabhi a parlé près d’une heure de temps, sans diapositive, et à capté notre attention sans interruption.

Diagnostic d’une société en crise

L’orateur a commencé son propos en constatant que nos sociétés sont en opposition complète avec la nature : pollution, bouleversement du climat, surexploitation de la terre et des ressources, érosion de la biodiversité, primauté de l’économie et du rendement. C’est chaque activité humaine qui semble aller à l’encontre de la nature. Il est même intéressant de constater que par les modifications que l’humanité provoque autour d’elle, Homo sapiens peut être considéré comme un réel phénomène géologique.

Or, c’est bien la nature qui nous nourrit. En fait, nous sommes la nature. Mais, malgré notre conscience, c’est-à-dire notre entendement, notre libre-arbitre, nous avons conçu un clivage humanité/nature. D’où nous vient donc cet instinct de toujours confronter la nature ? Ce qui est sûr, c’est que l’Homme va devoir changer, car l’avenir de l’humanité est en péril. Nous devons réaliser que protéger la nature, c’est nous protéger nous même. La vie, elle, survivra, car la vie est irrépressible. Elle a une capacité étonnante à rebondir.

Les tares de l’agriculture traditionnelle

Force est de constater qu’aujourd’hui le but premier de l’agriculture n’est plus de nourrir mais de faire de l’argent. Nous sommes passé d’une terre nourricière à une terre qui doit produire le plus possible.

Les principes de l’agriculture moderne reposent sur un modèle simpliste issu des travaux de Liebig. Celui-ci a montré que la fertilité d’un sol dépend de quatre éléments de base : azote, phosphore, potassium et chlore. Étant absorbés par la plante lors de son développement, le sol se trouve alors appauvri en ces éléments. Il semble donc logique d’enrichir le sol pour compenser ces pertes.

Pour cela, l’industrie agroalimentaire a utilisé des produits qui ne sont pas naturellement synthétisées par la nature qui, s’ils augmentent le rendement, ne sont pas recyclables et causent un dysfonctionnement du sol. Le problème est que ces produits utilisés par l’industrie, une fois solubilisés dans l’eau, sont inéluctablement absorbés par la plante, la saturent et l’empêche d’absorber les oligoéléments du sol dont elle a besoin.

De plus, cette vision simpliste basée sur quatre éléments ne rend pas compte de la réalité et de sa complexité d’un sol. Car la terre n’est pas juste un substrat, c’est aussi un « organisme » : elle contient aussi des micro-organismes, des champignons, des bactéries, des insectes, des invertébrés, etc.

L’agriculture moderne fait également un usage intensif de pesticides et fongicides, des produits très agressifs. De plus, les ravageurs s’adaptent à ces produits, ce qui requiert davantage ou de nouveaux pesticides, causant encore une nouvelle adaptation des ravageurs, qui requiert encore des pesticides, etc. Ce problème est aggravé par la prépondérance des monocultures qui est à la merci d’organismes « nuisibles ». Diversifier les cultures procure une biodiversité naturelle d’animaux et d’organismes qui aide à combattre les ravageurs.

Les avantages de l’agriculture biologique

Les fondements de l’agriculture biologique sont tout simplement basés sur le cycle naturel du développement des végétaux. Dans la nature, une plante pousse, meurt et se décompose. La même chose se déroule en forêt où les feuilles qui tombent se décomposent et forment l’humus. Celui-ci forme avec l’argile du sol le complexe argilo-humique qui, en bout de ligne, nous nourrit. Le plus profitable pour nos terres, c’est donc de reproduire ce que fait la nature, et de la nourrir de la même manière.

Pierre Rabhi a appliqué ces règles au Burkina Faso. Le pays a subit de terribles sécheresses dans les années 70. Le déboisement a également provoqué l’érosion des sols sous l’influence de l’eau et du vent. La réponse a été d’utiliser l’agroécologie, de reboiser et d’installer des diguettes afin de forcer l’absorption de l’eau qui remonte ensuite par capillarité.

Ce programme a tellement bien fonctionné que le gouvernement a voulu l’étendre et instaurer un grande réforme agraire. Malheureusement, la réforme n’a jamais vu le jour suite à l’assassinat du président de l’époque, Thomas Sankara. Néanmoins, cet épisode, ainsi que bien d’autres, prouvent hors de tout doute, que l’agroécologie est une alternative sérieuse et est efficace : elle fonctionne.

Finalement, il est clair que l’agriculture conventionnelle a échouée : elle était censée éliminer la faim dans le monde, mais son échec est patent. Les subventions que donnent les gouvernements occidentaux à leur industrie agroalimentaire fait même disparaître des petits paysans du sud et même des pays développés ! Même si le rendement de l’agroécologie est moindre que celui de l’agriculture conventionnelle, il peut être multiplié par 3 ou 4 comme l’a démontré Pierre Rabhi au Niger. La conclusion est que l’humanité pourrait être totalement nourrie par l’agroécologie.

En réponse à une question de l’assistance concernant les biocarburants, Pierre Rabhi a fait part de son indignation sur l’utilisation de terres pour la voiture. Pour lui, la terre est trop précieuse pour un telle utilisation. La terre doit être réservée à la survie. Mais, au-delà de cette capacité à s’offusquer, Pierre Rabhi est une personne sereine dans sa lutte, qui convertit son indignation en création et en actes positifs. Pierre Rabhi est visiblement un sage.

Conclusion

Pierre Rabhi a conclu en en remarquant que, malgré ces réussites évidentes de l’agroécologie et des succès dans d’autres domaines, la société ne change pas. La question est donc : comment changer la société ? Pierre Rabhi répond que ce sont les gens qui doivent changer ! La technique seule ne suffira pas. Nous devons donc remettre en question nos valeurs fondamentales, notre gaspillage d’énergie, la croissance, la surconsommation. C’est la disparition de l’humanité qui est en jeu. Son mot de la fin a été de nous inciter, nous les humains qui avons une conscience, à troquer notre instinct de destruction pour l’amour qui est la seule voie viable pour l’humanité. Voilà un message porteur et optimiste, à l’image du personnage qui aura su nous éduquer et nous insuffler sa détermination pour améliorer le sort du monde. L’assemblée s’est levée pour acclamer Pierre Rabhi. Des applaudissements bien mérités !

Biographie de Pierre Rabhi

Pierre Rabhi est d’origine algérienne. Agriculteur, il est un des pionniers de l’agriculture biologique, une activité qu’il a entreprise dès 1961 en Ardèche en France. Il défend une société plus respectueuse des gens et de la terre et soutient le développement de pratiques agricoles accessibles à tous et notamment aux plus démunis, tout en préservant les patrimoines nourriciers. Depuis 1981, il transmet son savoir-faire en Afrique, en France et en Europe, cherchant à redonner leur autonomie alimentaire aux populations. Il est aujourd’hui consulté comme expert international pour la sécurité alimentaire et a participé à l’élaboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification. Penseur engagé, il est l’initiateur du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme. Pierre Rabhi est également écrivain. Il est l’auteur de nombreux ouvrages dont Paroles de Terre, du Sahara aux Cévennes, Conscience et Environnement ou Graines de Possibles, co-signé avec Nicolas Hulot.

Les livres de Pierre Rabhi sont distribués au Québec par le Mouvement Québécois pour une Décroissance Conviviale (MQDC). Son dernier livre est publié en France par la maison d’édition Actes Sud et distribué au Québec par Leméac. Site de P. Rabhi : Colibris – Mouvement pour la Terre et l’humanisme | Blogue de Pierre Rabhi.

Cette biographie est inspirée en grande partie du site de Pierre Rabhi.

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