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Changements climatiques : les scientifiques sont-ils trop prudents ?

Soumis par sur 2012/11/12 – 07:03
Ciel d'orage

Ciel d’orage. Crédit photo : Planète viable, 2008.

Alors que Rio+20 s’est achevé sans que les États ne prennent d’engagements, force est de constater qu’à cette occasion aucun changement de cap vers la viabilité n’a été insufflé à nos sociétés. Or, pendant que l’humanité tergiverse, les émissions de GES continuent de s’accumuler inexorablement, et les changements climatiques de sévir. Et l’on peut se demander si une des raisons de cette apathie générale ne tiendrait dans le fait que les scientifiques ne se montrent pas trop prudents lorsqu’ils décrivent la situation climatique et les risques auxquels les êtres humains s’exposent. C’est du moins ce que suggère un article récent paru dans Nature Climate Change.

Bien que les scientifiques ne soient évidemment pas responsables de la situation climatique actuelle, la retenue des scientifiques pourrait avoir contribué à ne pas faire réaliser aux politiciens et à la société civile l’urgence de la situation et les laisser croire que les mesures qu’ils prennent seront suffisantes pour militer la hausse à 2°C.

Cette prudence en matière de changement climatique se manifeste notamment dans la rhétorique. Par exemple, quand vient de temps dans les documents officiels (GIEC) de mesures visant à limiter la hausse de la température terrestre à 2°C, le qualificatif impossible se transforme en « très difficile », tandis que urgent et radical devient « qui représente un défi ». Cette « diplomatisation » du discours nuit sans doute à la prise de conscience de l’urgence de la situation écologique mondiale.

Il faut dire que la prudence est inscrite dans les gènes du scientifique qui a appris la rigueur, à se cantonner aux données, à ne pas faire trop d’extrapolations, et encore moins à porter des jugements ou offrir des opinions sur des sujets politiques. Les scientifiques pourraient ainsi, suggèrent les auteurs de l’article, éprouver des réticences à aller à l’encontre des objectifs politiques et économiques de croissance de la société.

Pourtant, l’ensemble des données montrent que la planète se dégrade rapidement tandis que les mesures d’atténuation manquent cruellement d’envergure. Si l’on ne parle que du climat, chaque année perdue accroit la concentration en GES dans l’atmosphère, ce qui complexifie et augmente davantage les coûts des remèdes que nous devons apporter aux impacts du réchauffement. En fait, la rhétorique actuelle laisse penser que les politiques internationales et nationales n’auront d’autres conséquences que de conduire dans les deux prochaines décennies à une augmentation des émissions.

Par suite, cette prudence excessive, comme d’autres discours ou comportements de la société ou l’absence d’action en général, pourrait même être assimilée à de la complaisance, surtout quand on connaît les conséquences des changements climatiques pour les plus vulnérables, et alors que les scientifiques savent, loin des micros, que la croissance économique ne pourra continuer si la hausse de la température planétaire dépasse 4°C. Cela est d’autant plus inquiétant que gagner la bataille face aux crises écologiques requiert une situation économique optimale et de la stabilité.

Cependant, une vision selon laquelle l’attitude des scientifiques serait globalement à blâmer est pour le moins simpliste. Premièrement, nombre de scientifiques se démènent de leur mieux pour faire réaliser que la situation mondiale est très alarmante, complexe, et qu’elle va demander des transformations radicales de la société. Encore faut-il qu’ils soient entendus et que les décideurs les écoutent pour prendre en compte les recommandations dans leurs politiques.

Un autre problème, on le sait, vient du fait que trop d’alarmisme peut nuire au message. Néanmoins, on peut penser que si tous les scientifiques tenaient rigoureusement la même ligne rhétorique vis-à-vis de l’urgence de la situation et s’efforçaient de la faire connaître au plus grand nombre, peut-être auraient-ils une influence plus grande et seraient-ils plus écoutés. D’autre part, les scientifiques ont des faits expérimentaux à faire valoir et des théories reconnues sur lesquelles sont fondées leurs prévisions, ce qui donne de la légitimité et de la crédibilité à leur discours.

La société a urgemment besoin d’un changement de paradigme, et les scientifiques, autant que la science, peuvent y contribuer significativement. Il est indispensable que les scientifiques s’expriment et échangent avec les instances de gouvernance. Pour autant, il faut que les résultats et les conclusions de la science restent indépendants et objectifs, et qu’ils soient énoncés comme tel. Les solutions choisies par la société doivent alors intégrer ces résultats  et ces conclusions, en tenant en compte les impondérables sociaux et économiques.

Ainsi, les résultats de la science doivent-ils être communiqués clairement, honnêtement et sans crainte ni pression.

 

Bibliographie :

  1. Kevin Anderson     & Alice Bows, A new paradigm for climate change, Nature Climate Change 2 (2012) 639-640 (doi: 10.1038/nclimate1646)
    http://www.nature.com/nclimate/journal/v2/n9/full/nclimate1681.html?WT.ec_id=NCLIMATE-201209
  1. Kevin Anderson     & Alice Bows, Clarion call, Nature Climate Change, (2012) 2 635 (doi:10.1038/nclimate1681)
    http://www.nature.com/nclimate/journal/v2/n9/full/nclimate1646.html

 

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