mercredi, octobre 5, 2022

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Louis-Edmond Hamelin : autochtonie et nordicité

Le récent film de Serge Giguère, « le Nord au cœur »,1 résume clairement et simplement, mais avec force et sensibilité, la relation qu’entretient le géographe Louis-Edmond Hamelin avec le Nord. Ce documentaire illustre en effet parfaitement que ce savant et humaniste a le Nord… « à cœur ».

Et quand il s’agit du Nord, Louis-Edmond Hamelin sait de quoi il parle. Comme il le dit lui-même, il a passé la moitié de sa vie à étudier cette région, à découvrir « comment elle est faite » et non pas « ce que l’on pourrait en faire ». Mais ses voyages et ses études l’ont amené à conclure que la société ne changeait pas et fonctionnait, encore aujourd’hui, selon une logique de colonisation vis-à-vis du nord. Cette conclusion est directement déduite du constat que les Autochtones ont été totalement ignorés tout au long des deux derniers siècles (voire pire) et qu’on les néglige toujours aujourd’hui. Nous sommes donc encore ancrés dans une logique « sudiste » de la société. À titre d’exemple, il déplore que la construction du monumental barrage Manic 5 en 1968 ait été justifiée par le trio du gouvernement du Québec Lesage-Lévesque-Johnson en scandant le célèbre slogan « maîtres chez nous », alors que le projet était érigé en plein territoire montagnais ! Il constate aussi avec amertume que les intérêts autochtones ne sont pas intégrés au programme d’aucun parti politique.

C’est ainsi que M. Hamelin a ressenti le besoin de se transformer en linguiste pour créer des mots nécessaires afin de représenter adéquatement la réalité du Nord : d’une part le concept d’autochtonie, qui intègre la notion d’identité autochtone, d’autre part celui de nordicité, qui intègre la dimension humaine du Nord. M. Hamelin a également compris très tôt que le Québec ne se réduisait pas simplement à la Vallée du Saint-Laurent, loin s’en faut. Il s’agit évidemment une simplification erronée, ne serait-ce que d’un point de vue géographique, mais c’est surtout un affront envers les Autochtones. Le « Québec total » comme il l’appelle, inclut aussi le  Nord et ses habitants. M. Hamelin pense qu’il est plus que temps pour la société non autochtone de discuter honnêtement et avec franchise avec les Autochtones, notamment des questions « foncières » comme il les appelle, pour ensuite bâtir ensemble quelque chose de durable et de mutuellement profitable. Et si l’on doit toucher à certains territoires lors de ces développements, « il faudra assez de science pour réparer les dégâts que l’on aura créés ». C’est pour toutes ces raisons et cette vision que cet homme peut être qualifié de visionnaire, comme l’a par exemple souligné récemment l’Institut en environnement, développement et société de l’Université Laval.1

Âgé de presque 90 ans, le film montre un homme étonnamment vif intellectuellement et alerte physiquement. On ne peut qu’être impressionné par tant de clairvoyance et de lucidité, mais aussi d’humanité. Géographe de formation, Louis-Edmond Hamelin est un touche-à-tout qui a fait appel à différentes disciplines dans ses recherches. En 1961 il fonde le Centre d’études nordiques (CEN). On lui doit plusieurs publications, notamment Canada (Paris, 1969), Nordicité (prix du Gouverneur général), L’Obiou entre Dieu et diable, Le rang d’habitat (prix du Conseil des sciences humaines), Le Québec par des mots, L’âme de la terre (2006) et Nipish (2007).

En plus du terme nordicité, il a créé nombre d’autres termes afin de décrire la  réalité du Nord comme les mots glaciel, (glace flottante), floe (fragment de glace plat sur l’eau) ou bouscueil (agglomérat de glace sous l’effet du vent). Sa curiosité l’amène aussi à s’intéresser à une réalité québécoise uniquement partagée par les Pays-Bas : les rangs, ces voies rurales le long desquelles on retrouve les maisons alignées du Québec. Il consacre ainsi un de ses nombreux ouvrages à ce thème.

Le documentaire de Serge Giguère dresse le portrait d’un homme en avance sur son temps, d’un humaniste qui a compris que la viabilité d’une société réclame la prise en compte des intérêts des populations locales, notamment autochtones, et  de la protection de l’environnement.

1 Le Nord au Cœur
Parcours d’un géographe
Documentaire de Serge Giguère
Produit par Nicole Hubert et Sylvie Van Brabant
2012, 85 minutes
Français
Distribution : Les Productions du Rapide-Blanc

2 Hommage aux pionnières et pionniers – Louis-Edmond Hamelin, http://www.ihqeds.ulaval.ca/17883.html

 

 

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