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Les signes avant-coureurs de l’effondrement d’une société : le cas du Néolithique

Soumis par sur 2016/09/18 – 20:39
Lame de faucille du Néolithique

Lame de faucille du Néolithique (Coll. Fourny et Van Assche du Musée de Tubize (Belgique) | Cliché : Ludovic Lan).

Peut-on détecter l’effondrement d’une société avant qu’il ne survienne ? C’est ce que semble en tout cas avoir démontré une équipe de chercheur de l’Université du Maryland qui se sont penchés sur les fluctuations de la présence humaine dans divers sites d’occupation en Europe au cours du Néolithique [1].

Ces chercheurs étudient la démographie du Néolithique, une période qui a vu notamment l’apparition de l’agriculture. Les auteurs de cette étude avaient déjà montré dans des travaux précédents qu’après une phase d’expansion démographique, le Néolithique avait été marqué par une période d’instabilité, notamment par une diminution généralisée et radicale de la population. Puisque la croissance démographique a ultimement retrouvé son niveau original et repris sa croissance, il est peut-être plus adéquat de parler ici de déclin plutôt que d’effondrement. Mais, bien que temporaire, il semble avoir été sévère. Par conséquent, il s’agit d’une bonne période pour étudier les signes qui peuvent précéder et annoncer un déclin.

Déterminer les fluctuations de résilience sociétale

Les observations de cette équipe de recherche sont basées sur des mesures de datation radiocarbone qui donnent la fréquence d’occupation des sites archéologiques par les êtres humains [1]. Pour en apprendre davantage, les auteurs ont développé à partir de ces données un indice caractérisant des signes avant-coureurs éventuels précédant « l’effondrement » populationnel [1]. De tels signes sont appelés « early warming signals » (ou EWS) par les scientifiques de ce domaine de recherche.

L’indice de type EWS est en fait étroitement corrélé à la diminution de la résilience de la société étudiée. La résilience est définie comme la capacité à absorber une perturbation et à retrouver le niveau précédant celle-ci. Dans le cadre de ces travaux, la résilience est caractérisée par la capacité à retrouver la situation démographique initiale. Les travaux des chercheurs, malgré leur difficulté, montrent les signes assez clairs d’une diminution de la résilience des populations du début du Néolithique [1]. Alors que de tels signes avaient déjà été mis en évidence pour un écosystème, il apparaît donc possible de détecter aussi de tels signaux pour les sociétés humaines. La question suivante qui s’impose réside dans la compréhension de l’origine d’une telle baisse de résilience.

Déterminer les raisons d’un effondrement

La première hypothèse pouvant expliquer un déclin ou un effondrement sociétal, c’est celle d’un événement d’assez grande ampleur et assez soudain. Mais évidemment, dans ce cas, il n’y a pas de signes annonciateurs. La deuxième hypothèse est celle d’un facteur extérieur à la société qui évolue progressivement et fait basculer le système dans un nouvel état. On parle alors de transition critique. La troisième hypothèse stipule que l’effondrement résulte de l’interaction entre des cycles plus ou moins rapides, aussi bien sociétaux qu’environnementaux. Il peut s’agir par exemple des variations d’exploitation de terres agricoles ou la régénération de la biomasse. D’autres variations plus ou moins fréquentes peuvent interférer avec les cycles naturels et altérer la résilience sociétale comme l’exploitation de la nature (animaux, végétaux, forêts), l’altération des cycles biogéochimiques, la démographie, les conflits, les maladies, etc.

Dans le cas présent, il semble probable selon les auteurs que des variations démographiques rapides conjuguées à des variations lentes de la faculté des écosystèmes à récupérer pourrait refléter les signes avant-coureurs et être à l’origine du déclin démographique rapide qu’a connu le début du Néolithique [1]. Les auteurs proposent qu’une déforestation excessive, suivie de sa régénération naturelle, soit à l’origine du cycle observé.

On voit tout de suite l’intérêt de détecter des signes équivalents potentiels pour une civilisation comme la nôtre, qui altère le fonctionnement de la planète et épuise les ressources, ce qui in fine tend à fragiliser la résilience de la civilisation.

Référence

[1] Sean S. Downey, W. Randall Haas Jr. et Stephen J. Shennan, European Neolithic societies showed early warning signals of population collapse Proceedings of National Academy of Science of the USA 113 9751–9756, doi: 10.1073/pnas.1602504113, http://www.pnas.org/content/113/35/9751.abstract

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