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Le recul des glaciers de la planète

Soumis par sur 2013/04/07 – 20:30
Groenland Ilulissat glacier

Limite de vêlage du glacier Ilulissat au Groënland en hiver. © James Balog, 2012

Malgré les innombrables résultats de la recherche qui convergent dans le même sens, malgré les multiples publications et les diverses déclarations des scientifiques teintées d’inquiétude faites dans les revues et les congrès spécialisés, l’inéluctable progression du réchauffement planétaire et ses conséquences trouvent désespérément peu d’échos dans les grands médias et auprès du grand public. Ce constat peut d’ailleurs être fait pour toutes les crises environnementales qui affectent la planète. Ce manque est particulièrement criant vis-à-vis de l’ampleur qu’a déjà atteinte le réchauffement planétaire. Il est vrai qu’il est extrêmement difficile pour un être humain de ressentir, à son échelle, l’évolution du climat, surtout pour les personnes ayant peu de relations directes avec la nature comme c’est le cas pour la majorité de nos contemporains qui habitent en zone urbaine. Le réchauffement planétaire apparaît finalement comme un phénomène abstrait.

Au-delà de l’indifférence, l’existence du réchauffement planétaire est parfois contestée par des individus qui défendent des intérêts partisans. Pour cela, ils remettent en doute l’existence du phénomène et son origine anthropique, notamment en laissant croire avec l’intention de tromper qu’il n’y a pas de consensus scientifique autour de ce sujet. Ils sont hélas crus par certaines franges de la population tandis que les médias négligent d’insister sur les faits les plus pertinents. Les effets du réchauffement de la planète sont pourtant omniprésents et globaux : fonte de la mer de glace arctique, déplacements des espèces vers le nord ou vers des altitudes plus élevées, disparition d’espèces, augmentation de la fréquence et de l’intensité de certaines catastrophes naturelles (feu de forêts, ouragans, inondations, etc.), hausse du niveau des océans, modifications du régime des crues, etc. Les compagnies d’assurance, elles, ont bien compris cette réalité puisque que les conséquences des changements climatiques les touchent directement. Mais pour les citoyens, les résultats de la science, même unanimes, ne représentent pas des preuves tangibles.

Tenter de convaincre ses concitoyens de la réalité des changements climatiques de visu, telle est la mission que s’est confiée James Balog, un photographe professionnel de la nature. Les photos de James Balog ont déjà fait la une du Times ou du National Geographic. Pour atteindre son objectif, il a lancé un projet de longue haleine, le Extreme Ice Survey (EIS), visant à placer des appareils-photos à des endroits stratégiques à travers le monde pour enregistrer l’évolution des glaciers au fil du temps. Avec son équipe, il a déployé 28 appareils-photos près de 13 glaciers au Groenland, en Islande, au Népal (Himalaya), en Alaska et dans les montagnes rocheuses aux États-Unis. Les résultats (partiels) du projet, à la limite entre l’art et la science, sont rassemblés dans un film, « Chasing ice », qui montre des images à la fois splendides et d’une grande valeur scientifique.

Les résultats sont (hélas) spectaculaires. Les images enregistrées qui défilent en séquence démontrent que le retrait des glaciers est extrêmement rapide. En quelques années seulement, le recul des glaciers est déjà très marqué. En fait, le retrait des glaciers étaient déjà très visible au bout de seulement deux ans. C’est dire la vitesse élevée de diminution des glaciers. Pour se faire une idée, elle est de l’ordre de la centaine de mètre voire du kilomètre par année dans certains cas ! À l’échelle géologique, c’est extraordinairement rapide. L’ensemble des images enregistrées partout sur la planète montrent que l’ampleur du phénomène est globale et s’inscrit tout à fait dans la ligne des autres données relatives au réchauffement de la terre. Le fait que les transformations planétaires se déroulent à une échelle d’une vie humaine et même moins est particulièrement inquiétant.

Retrait glacier-TED

Image du retrait de glacier Columbia en Alaska, tirée de la conférence TED de James Balog en 2009

Ainsi, en plus de donner de superbes images, le film fait œuvre utile en diffusant une information tangible et précise sur la réalité des changements climatiques. Il vient appuyer des milliers de données scientifiques sur l’accélération du réchauffement climatique et son lien avec les émissions de GES. Mais quel sera l’impact d’un tel documentaire ? Si on fait l’hypothèse qu’il y a 10 personnes à chaque visionnement, comme ce fut le cas au cinéma Cartier à Québec ce 4 mars, le nombre de spectateurs sera de 400 à Québec en un mois. Même en admettant que 600-800 personnes voient le film, c’est environ 0,1% des résidents de la ville de Québec qui l’auront vu. Si on généralise à la province (environ 7 000 personnes), ça fait peu pour changer les mentalités et les façons de faire, de même que pour exercer une pression sur les pouvoirs publics et sur le secteur privé. Surtout que ce sont surtout des convaincus qui voient ce genre de film… Autre exemple du même type : la conférence TED de James Belog en 2009 a été vue à date par près de 500 000 personnes sur Internet, ce qui est infime par rapport au bassin des internautes de la planète.

Alors que l’humanité va droit dans le mur et que ce constat a conduit plusieurs personnes à exprimer leurs craintes à cet effet récemment, le film de James Belog est bienvenu, mais il faudrait que les médias de masse s’en emparent et s’approprient d’autres documentaires du même type pour avoir un impact significatif. Les médias devraient enfin accorder la place qui leur revient aux scientifiques experts de la situation planétaire ainsi qu’aux experts qui en connaissent les conséquences et qui proposent des modèles alternatifs de société. Les crises environnementales sont en effet au cœur des différents enjeux qui concernent nos sociétés.

Chasing ice
Documentaire, 1h20
Réalisateur : Jeff Orlowski
Scénariste : Mark Monroe
Producteurs : Paula DuPré Pesmen & Jeff Orlowski
Studio de production : Exposure Production & Diamond Docs

Bande annonce du film >>

 

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