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Sommes-nous prêts à payer le vrai prix ?

Soumis par sur 2013/05/10 – 06:55
Magasin vêtements

Crédit photo : Planète viable, 2013.

L’effondrement le 24 avril dernier de l’édifice Rana Plaza, un atelier de Textile de la ville de Savar en banlieue de Dacca au Bangladesh, remet une fois de plus en cause les pratiques économiques des entreprises occidentales ainsi que les choix des consommateurs. Il aura fallu plus de 800 décès et plusieurs négligences pour que les médias de masse s’approprient un peu sérieusement cet important sujet.

La catastrophe, appréhendée et presque prévisible, a mis en cause le propriétaire de l’immeuble ainsi que la législation locale, mais les grands groupes industriels occidentaux ont également été montrés du doigt, notamment leur responsabilité sociale défaillante. La course effrénée aux diminutions de coûts, qui traduit se fréquemment par la délocalisation de la production dans les pays où les salaires et les conditions sociales sont plus faibles que dans le pays riches, conduit souvent à des situations inacceptables et parfois dangereuses.

Les entreprises cherchent en effet à réduire au maximum leurs dépenses afin d’offrir des produits au prix le plus bas et ainsi attirer la plus grande clientèle possible. Les salaires acceptés étant très bas dans plusieurs États d’Asie, on assiste depuis plusieurs décennies à la délocalisation vers ces pays de la production des articles vendus en Occident. Au Bangladesh, le prix de revient de la main-d’œuvre est de 22 ¢ l’heure alors qu’en Chine il varie entre 86 ¢ et 1,08 $. [1] À titre de comparaison, le salaire minimum est de 10,15 $ l’heure au Canada. Cette réduction des coûts ne peut évidemment justifier l’exploitation des ouvriers, voire d’enfants et, au-delà, nuire à leur sécurité, à leurs conditions de travail ou les priver d’avantages sociaux. Autrement dit, le prix d’un produit industriel devrait inclure les coûts sociaux.

Cette vision a un parallèle en environnement. Une tendance récente et populaire vise en effet à mettre les coûts environnementaux de l’avant afin de protéger la diversité du vivant, des écosystèmes et des services qu’ils nous rendent. Établir un prix à la nature et l’intégrer dans l’économie pourraient ainsi représenter une façon de protéger le patrimoine naturel. À titre d’exemple, l’organisme TEEB (The Economics of Ecosystems and Biodiversity) vise à contribuer à cette démarche. Il serait logique, et même encore plus justifié, d’adopter une philosophie similaire pour l’aspect social (on peut en effet émettre des doutes quant à savoir s’il est éthiquement raisonnable de « monnayer » la nature). Mais, si tel était le cas, serions-nous prêts à payer le prix qui en résulterait ?

Car sans vouloir amenuiser le rôle des entreprises ni jeter toute la responsabilité sur le consommateur, il est paradoxal que nous, les individus, incriminions les entreprises peu scrupuleuses tout en les cautionnant pourtant en achetant les produits fabriqués dans des conditions que nous savons révoltantes, ou que nous ne voulons reconnaître comme telles. En achetant les produits bon marché fabriqués dans des conditions de quasi-exploitation, nous nous rendons complice de ce système. De la même façon, nous condamnons les déversements accidentels d’hydrocarbures mais nous nous déplaçons en voiture sans remettre en cause nos façons de faire. Acheter est un acte politique. C’est aussi un acte social et environnemental.

Or, chacun sait malheureusement que le principal critère qui guide le consommateur est le prix. Si cela se justifie pour les plus défavorisés, ça l’est beaucoup moins pour les autres. À ce titre, nous partageons une fraction de la responsabilité de l’exploitation des salariés des pays en développement. Cette responsabilité est d’autant plus, qu’au fond, nous savons pertinemment dans quelles conditions ont été fabriqués nos achats. Alors, nous fermons les yeux et ne posons pas de questions.

Certes, nous disposons de peu d’outils en tant que consommateur pour faire des choix éthiques éclairés. Les certifications sont rares et parfois sujettes à caution, surtout dans le secteur du textile. Nous avons plus de choix en ce qui a trait au café ou au chocolat. Il est aussi de notre devoir de nous informer sur les meilleurs produits disponibles. Finalement, comme bien des questions touchant le développement durable, la solution apparaît complexe et est plurielle. Elle exige des modifications des comportements des individus, une réglementation nationale et internationale serrée, et des mesures économiques qui forcent à intégrer le coût social.

Bibliographie
[1] François Desjardins « Le prix pour nous habiller », Le Devoir, 4 mai 2013 http://www.ledevoir.com/economie/actualites-economiques/377438/le-prix-paye-pour-nous-habiller

 

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