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L’influence de l’action humaine sur les événements météorologiques extrêmes

Soumis par sur 2016/12/18 – 20:30
Cyclones dans le Pacifique

Cyclones dans l’Océan Pacifique, le 1er septembre 2015. Bien que leur fréquence et intensité soient augmentées par le réchauffement planétaire, les données et les modèles ne sont pas encore assez précis pour pouvoir attribuer avec un degré de confiance suffisant l’occurrence de des événements aux changements climatiques. Crédit photo: NASA/NOAA GOES Project, 2015.

Établir un lien direct entre les transformations que l’être humain impose à la nature et des événements précis reste une entreprise complexe. Par exemple,  les cyclones, les pluies torrentielles, les sécheresses et certains épisodes de chaleur extrême peuvent-ils être attribués directement à l’être humain, plus précisément au réchauffement planétaire anthropogénique ?

Il va de soi que le réchauffement planétaire a une influence sur l’ensemble des phénomènes météorologiques. Contrairement aux tendances climatiques, il n’existe pas de lien causal direct lorsque l’on discute de phénomènes météorologiques, la relation est statistique. Par exemple, il est parfaitement avéré que les changements climatiques augmentent la probabilité que des phénomènes extrêmes (canicules, ouragans, précipitations, sécheresses, feux de forêts) aient lieu aujourd’hui avec une fréquence et une intensité plus élevées, et qu’ils s’amplifieront dans le futur.

Les grandes tendances sont donc bien connues,  mais peut-on attribuer aux changements anthropogéniques, l’occurrence de tel ou tel type d’événement avec un niveau de confiance suffisamment élevé ? Les avancées scientifiques montrent qu’il est de plus en plus possible de le faire, mais cela reste extrêmement compliqué. C’est difficile à l’échelle globale et continentale, mais encore plus à l’échelle régionale ou locale [1].

Le principal obstacle consiste à discriminer l’influence humaine de la variabilité naturelle des phénomènes considérés. En particulier, les données observationnelles ne sont parfois pas assez précises et les modèles, malgré leur sophistication et leur raffinement, sont encore imparfaits. Il faut dire que les phénomènes météorologiques sont complexes, de nature stochastique et impliquent de nombreux paramètres.

Ainsi, si l’on sait que les changements climatiques accentuent les phénomènes extrêmes et leur fréquence, il est difficile de démontrer avec un niveau de confiance suffisamment élevé que les changements climatiques ont modifié la fréquence et l’intensité des cyclones [2,3] ou le régime des précipitations [1] de certaines régions. Il va de soi cependant que plus le temps passe (plus notre civilisation transforme la  nature), plus les effets anthropogéniques émergent du « bruit de fond » que représente la variabilité interne du climat.

Et, de fait, il est dorénavant possible d’établir des liens clairs entre les modifications anthropogéniques et les extrêmes de températures. Des scientifiques ont ainsi montré que la probabilité que l’Australie subisse l’été particulièrement chaud qu’elle a connu en 2012/2013 a été multipliée par cinq du fait des changements climatiques [4]. Pour la vague de chaleur qui s’est abattu sur le centre de l’Angleterre en 2014, la probabilité  qu’elle se produise a été multipliée par 13. De plus, des travaux ont montré qu’actuellement près des trois-quarts des records journaliers de températures élevées peuvent être attribués aux changements climatiques [4].

Un pas de plus a été  accompli en 2016. Dans un article de la revue Geophysical Research Letters [5], des chercheurs ont montré que l’ont pouvait remonter aux années 30 et montrer que la chaleur anormalement élevée qui  a marqué certaines années à l’échelle planétaire pouvait clairement être attribuée aux effets anthropogéniques. Autrement dit, sans l’influence humaine, ces épisodes « chauds » n’auraient très probablement pas eu lieu. Les auteurs montrent  également que les émissions d’aérosols (qui limitent le réchauffement anthropogénique) ont retardé la contribution humaine aux records annuels de température.

Dans le même ordre d’idée, et comme rapporté dans un autre article, il est possible de démontrer que les changements climatiques accentuent l’aridité (dans le cas présent dans l’Ouest des États-Unis), augmentant ainsi le risque de feux de forêts de 75% entre 2000 et 2015.

Il est presque inquiétant que l’on soit capable de distinguer la contribution anthropique et la variabilité naturelle de certains événements météorologiques, notamment ceux d’un passé vieux d’un siècle. Cela signifie que l’empreinte humaine a une ampleur considérable et s’accentue de façon inquiétante.

Bibliographie

[1] Beena Balan Sarojini et coll. Detection and attribution of human influence on regional precipitation Nat. Climate Change 6 (2016) 669

[2] Geophysical Fluid Dynamics Laboratory, Global warming and hurricanes – An overview of current research results, National Oceanic and Atmospheric Organization https://www.gfdl.noaa.gov/global-warming-and-hurricanes/, visité le 11 décembre 2016

[3] Thomas R. Knutson et coll.  Tropical cyclones and climate change Nat. Geosci. 3 (2010) 157

[4] La référence de ces études est citée dans l’introduction de la référence [5]

[5] Andrew D. King et coll. Emergence of heat extremes attributable to anthropogenic influences, Geophys. Res. Lett., 43 (2016) doi:10.1002/2015GL067448 http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/2015GL067448/abstract

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