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L’imperceptibilité des crises écologiques

Soumis par sur 2014/06/10 – 20:44
Pelouse et conifères

Les bénéfices que procurent les espaces verts dans les villes sont sous-estimés.

En plus de la prise de conscience récente de la dégradation écologique, un second facteur qui contribue au manque de sensibilisation des individus et de la collectivité réside dans la faible perceptibilité, jusqu’à présent, de la dégradation environnementale, sauf dans le cas de catastrophes écologiques, parfois meurtrières, comme les déversements de pétrole et de produits chimiques ou les accidents nucléaires. Ce manque de visibilité est illustré par l’exemple du réchauffement planétaire dont les effets se font sentir à l’échelle de la décennie et qui, s’ils sont très prononcés à l’échelle du Globe, semblent faibles à l’échelle de l’individu. De même, les transformations des cycles biogéochimiques « ne se voient pas » et ne peuvent être appréhendées que par des mesures scientifiques. L’érosion de la biodiversité est rapportée avec force et inquiétude par les biologistes, mais elle ne se manifeste pas avec évidence pour le commun des mortels, même si le citoyen entend régulièrement parler d’espèces animales menacées ou en voie de disparition. La conscience des risques associés à la perte des services écosystémiques est encore moindre.

Les bénéfices que procurent les espaces verts dans les villes ainsi que les conséquences néfastes que cause leur absence sont également difficilement quantifiables et sont ainsi souvent négligés. De même, chacun comprend que la pollution de l’eau, de l’air et du sol est néfaste pour la santé, mais il faut être assez bien informé pour réaliser son étendue et sa gravité. L’appauvrissement des sols n’est pas non plus vraiment tangible pour le citadin, sa vie quotidienne étant totalement déconnectée de la nature. Or, plus de la moitié des Terriens vivent aujourd’hui dans les villes, la proportion atteignant plus de 80 % dans les pays riches. Autant de personnes qui n’ont pas à cultiver la terre et qui se procurent leur viande et leurs légumes dans les étalages des magasins et qui tirent leur eau directement du robinet sans réaliser tout ce que cela nécessite et implique. Moins de contact avec la nature réduit la probabilité que l’on soit sensible à son intégrité.

Mais cette faible perceptibilité des crises écologiques globales ne signifie pas qu’elles ne se manifestent nullement au niveau de l’individu. Ces crises globales ont en effet des causes et des répercussions locales. Les citoyens bien informés les connaissent et les constatent. Chacune d’elles affecte certaines catégories de personnes qui, par leur emploi ou leur occupation, sont à même de percevoir les changements qui ont cours à l’échelle d’une vie humaine. Les pêcheurs connaissent parfaitement, hélas depuis déjà plusieurs décennies, l’impact de la déplétion des espèces marines comme la morue au Canada ou d’autres poissons et mollusques. Les agriculteurs de leur côté doivent quotidiennement composer avec la dégradation de la qualité des sols. La pénurie de ressources minérales comme les terres rares ou de l’eau douce est bien réelle comme l’atteste le fait qu’ils sont le centre de complexes enjeux géopolitiques. La rareté de l’eau se fait sentir encore plus directement en agriculture dans les régions qui subissent un stress hydrique. Au fond, comme les transformations qu’imposent l’être humain sont particulièrement rapides (voir ci-dessus), les changements vont devenir de plus en plus être perceptibles à l’échelle d’une vie humaine.

Par ailleurs, tous ceux qui dépendent d’assez près de la nature sont plus susceptibles de remarquer les changements écologiques anthropiques. Les Autochtones sont ainsi « aux premières loges ». Ayant un mode de vie particulièrement proche de la nature, ils ressentent vivement et en premier les effets des crises écologiques. C’est notamment le cas de ceux qui vivent dans le Grand Nord qui subissent de plein fouet les effets du réchauffement global, notamment par la fonte du pergélisol [1,2]. Mais même les citadins peuvent aussi ressentir la dégradation environnementale grandissante, par exemple par l’apparition des premiers smogs dans leur ville de résidence et par l’intensification progressive avec le temps de leur fréquence et de leur durée. Néanmoins, vivre de la nature ne suffit pas à faire de quelqu’un un ardent défenseur de l’environnement. Prenons-en pour preuve les agriculteurs qui exploitent leur terre selon une agriculture de type industrielle ou les pêcheurs qui s’opposent au moratoire sur l’exploitation d’une ressource marine bien que celle-ci, la source même de leurs revenus, s’épuise. Cette contradiction s’explique très naturellement par le désastre financier et familial que cela implique pour le pêcheur : perte des moyens de subsistance et autres conséquences sociales négatives qui y sont liées. Le vrai problème est collectif, il résulte du fait que les ressources sont surexploitées. Le moratoire est une situation extrême à laquelle on ne devrait jamais aboutir si la ressource était gérée durablement.

Références :

[1] T . Lefèvre, Le bouleversement d’une région et d’un peuple : les Inuits, Planète viable 2013.
[2] C. Desbiens, L. Simard-Gagnon, Vulnérabilité et adaptations aux changements climatiques : savoirs et vécus des femmes inuites du Nunavik. Cahier de l’institut EDS. 2012.

 

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