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La géoingénierie

Soumis par sur 2015/05/21 – 20:23

GéoingénieriePourquoi la géoingénierie ?

La situation écologique devenant très menaçante et nos sociétés étant prisonnières de leurs façons de faire, nous nous retrouvons devant une situation sociétale de plus en plus inextricable et nous cherchons des manières simples de nous extirper de cette conjoncture. Alors, comme nous l’avons vu plus haut, pour atténuer notre impact nous misons surtout sur la technologie, en particulier sur l’efficacité énergétique, sur des procédés plus verts, sur des produits dont l’empreinte écologique est plus faible, etc. Peu de solutions visent ou accomplissent une modification profonde de nos habitudes de vie, du système économique ou de la gouvernance. Et bien que les solutions technologiques ne suffisent pourtant pas à réduire significativement la dégradation environnementale résultant de nos activités, et bien que cette détérioration atteigne un niveau planétaire, notre foi indéfectible en la technologie ne doit pas nous étonner de voir malgré tout l’humanité continuer à miser sur la technologie.

Puisque nos sociétés rechignent à transformer leur fonctionnement, nous en sommes maintenant réduits, acculés devrait-on dire, à essayer de compenser artificiellement les dégradations de la nature que nous avons-nous-mêmes imposées. Car l’être humain semble déborder d’imagination quand il s’agit de pouvoir poursuivre ses activités économiques routinières sans être dérangé. Persistant donc comme nous l’avons (presque) toujours fait, nous envisageons dorénavant avoir recours à la technologie pour contrer directement et délibérément les processus terrestres sur une échelle globale, notamment le réchauffement climatique. On regroupe l’ensemble de ces méthodes sous le terme de géoingénierie.

Qu’est-ce que la géoingénierie ?

Les méthodes qui cherchent à limiter le réchauffement de la planète se répartissent en deux (1). D’une part celles visant à réguler le flux solaire, d’autre part celles visant à retirer une partie du CO2 atmosphérique. Une des méthodes du premier type consiste à accroître la présence des nuages et ainsi refléter une plus grande partie de la lumière solaire pour limiter l’apport énergétique qui atteint la surface terrestre. Pour ce faire, des scientifiques pensent augmenter le nombre de gouttelettes d’eau des nuages, par exemple à l’aide d’aérosols à base de sel de mer (2) ce qui aurait pour effet d’augmenter la condensation de l’eau au sein des nuages et donc leur présence. Une autre méthode consisterait à répandre des aérosols de sulfate dans la stratosphère pour obtenir les mêmes effets (1,2). Une autre solution potentielle consisterait à mettre des miroirs en orbite autour de la Terre pour réfléchir la lumière solaire (1). Parmi le second type de stratégie d’ingénierie climatique, on compte l’idée de répandre du fer dans l’océan pour accroître la production de phytoplancton afin de capter le CO2.

Notons au passage que le fait de blanchir les toits des maisons et des bâtiments peut être considéré comme de la géoingénierie puisqu’elle modifie l’albédo de la Planète. De même, le reboisement à grande échelle peut être considéré comme de la géoingénierie puisque cette méthode vise à capter le CO2 anthropogénique. Néanmoins, il s’agit dans ce cas de réparer le mal qui a été fait antérieurement par la déforestation. D’ailleurs, toujours dans le même ordre d’idée, on pourrait arguer que depuis la Révolution industrielle, nous avons d’ores et déjà fait de la « géoingénierie » puisque nous avons carrément modifié la planète. L’idée de l’Anthropocène s’inscrit tout à fait dans cette optique. Évidemment, il ne s’agit pas réellement de géoingénierie puisque les modifications ne sont pas intentionnelles. Le danger n’est justement pas moindre qu’une transformation délibérée, ce qui devrait nous inciter à renverser les altérations que nous provoquons plutôt que de les compenser.

Les problèmes liés à la géoingénierie

Un des problèmes principaux lié à la géoingénierie est que l’utilisation de telles techniques risque de réduire ou de retarder les nécessaires transformations économiques et sociétales, un danger ce que les spécialistes du domaine eux-mêmes reconnaissent (2). La géoingénierie, pourtant, ne devrait être utilisée que temporairement (2) et en extrême recours, après que tous nos efforts aient porté sur une réduction réelle de notre empreinte écologique (3). Ainsi, bien que les scientifiques sont conscients que les connaissances actuelles ont insuffisantes pour être assuré que la géoingénierie puisse être utilisée sans danger et que davantage de données sont nécessaires pour mieux appréhender la faisabilité et les effets de la géoingénierie, nous devons réaliser que des expériences réalisées à cette fin pourraient rendre ces méthodes plus accessibles et leur mise en œuvre plus probable (2). C’est un peu comme dans le domaine des énergies fossiles non conventionnelles où l’exploration des ressources rend leur exploitation plus probable, voire inévitable.

Un autre problème associé à la géoingénierie est que, puisqu’elle vise à modifier le fonctionnement naturel de la planète, une erreur, un effet inattendu d’un de ces procédés, pourrait aggraver la crise globale que ledit procédé est censé corriger. La Terre est notre seule demeure et il est pour le moins légitime et nécessaire de se demander si nous pouvons prendre le risque de la dégrader de façon irréversible. De plus, les processus terrestres étant interconnectés, modifier un processus va en affecter un (ou des) autre(s). Il est donc assuré qu’en tentant de modifier le climat, il y ait des conséquences sur d’autres processus terrestres. Le tout est de savoir si ces conséquences seront néfastes non, et à quel point. Augmenter la présence des nuages peut par exemple ralentir le réchauffement mais modifier le climat au moins localement. À titre de comparaison, le reboisement non seulement permet de capter du carbone, mais également de réduire l’érosion de la biodiversité, de limiter l’érosion des sols, de limiter l’effet des inondations, etc.

Ainsi, les procédés de géoingénierie risquent d’avoir un impact local négatif même si ils ont potentiellement un effet global positif. Par exemple, il est possible que pour remédier au réchauffement terrestre, on modifie significativement le régime pluviométrique de certaines régions, aggravant potentiellement les phénomènes de désertification ou de crues extrêmes. Par suite, qui aura autorité pour mettre en place de tels procédés ? Un organisme dédié à cet objectif ? L’ensemble des pays ? L’ONU ? Les États parviendront-ils à s’accorder ?

Conclusion

Les processus terrestres sont complexes et la science, si elle les comprend relativement bien, est loin d’en avoir une compréhension exhaustive. La science n’est pas infaillible. La géoingénierie ne le serait pas plus. Cette stratégie est très risquée car la maîtrise des processus terrestres est loin d’être acquise, surtout dans le cas de la réflexion de la lumière solaire. La géoingénierie pourrait donc s’avérer inefficace voire dangereuse. Elle pose également de sérieux problèmes de gouvernance. En fin de compte, ce sont les citoyens et les politiciens qui devront faire des choix, en ayant conscience des risques et des bénéfices potentiels (2). Mais en aucun la géoingénierie ne doit nous soustraire aux changements sociétaux qui sont requis et ne peut venir qu’en appui à ces transformations. Alors que la géoingénierie climatique règlerait (peut-être) le réchauffement planétaire, nous ferions encore face aux autres crises écologiques. Des modes de vie davantage en adéquation avec la préservation de la nature contribuerait, eux, à en régler plusieurs en même temps.

Bibliographie

1. B. Allenby, Climate change negotiations and geoengenineering: is this really the best we can do? Envir. Quality Manag. 20, 1-16 (2010).
2. J. Latham, P. J. Rasch, B. Launder, Climate engineering: exploring nuances and consequences of deliberately altering the Earth’s energy budget. Phil. Trans. R. Soc. A 372, 20140050 (2014).
3. R. Society, « Geoengineering the climate: science, governance and uncertainty, » Royal Society, London, (2009).

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